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Nuit et brouillard

La chanson "Nuit et brouillard" évoque à beaucoup de douloureux souvenirs.

 

Dès la première saison, au moment de partager le verre de l'amitié, un monsieur, me questionne :

-Dis ? Tu le fais ce spectacle au mois d'août ?

Je lui répondais que oui, nous le ferrions, au moins, toute la saison.

-Je reviendrai, me dit-il.

Et effectivement, il revint, quelques jours plus tard, avec ses petits enfants. Ils avaient tous entre 12 et 18 ans.

Je l'apercevais durant le spectacle: Régulièrement il se retournait vers ses petits enfants. Leur demandait d'être particulièrement attentif, lors de scènes ou chanson bien précises.

A la fin du spectacle, ils ne participèrent pas tout de suite au verre de l'amitié. Ils s'étaient réunis, sous un mûrier, autour du Grand-Père. Unis. Il est évident que ce monsieur avait organisé cette soirée, saisi cette occasion pour évoquer, avec sa descendances quelques douloureux souvenirs familiaux.

 

Un autre soir :

Je vous vois encore, madame, adossée au mur de l'entrée de la boutique, à mes côtés. Tous les deux, comme les autres participants à ce spectacle, un verre à la main.

"Vous savez, Jean-Marc, je n'ai pas toujours vécue à Lablachère. Je suis née et j'ai grandis à Paris... " Elle ne me regardait pas. Elle regardait droit devant elle. Dans ses yeux, je voyais perler une larme.

Je les vois encore, ses pauvres gamins, assis derrière leur bureau.

Je la vois encore cette porte s'ouvrir.... Et ces types qui sont rentrés dans la classe ! Je les vois encore ! Toi ! Toi ! Toi !...Vous nous suivez..... "

Puis elle se retourna, vers moi et presqu'en criant et en pleurant  : "Jamais ! jamais, Jean-Marc , on ne les a revu !"

 

Un après midi :

Je me souviendrais toujours aussi de ce monsieur, membre d'un groupe du Vaucluse, pour lequel je venais de jouer :

"J'ai 2 ans de moins que Ferrat, me dit-il.

Je suis né en 32.

Je n'ai pas toujours vécu en Provence : Môme, je vivais dans la Loire.

Un soir, avant de terminer la classe, notre instituteur nous a dit : Les enfants, vous savez tous, où se trouvent des juifs dans le village. Alors, voici, des craies, ce soir, en rentrant, vous ferrez une croix sur les portes des maisons où se cachent des juifs....

Il mit un temps, avant de poursuivre.... Je ne savais pas d'ailleurs si il pourrait terminer son histoire.

Je sentais, une très forte émotion l'envahir. Finalement, il lâcha, dans un souffle :

-le lendemain, il n'y avait plus un seul juif au village.

Vous vous rendez compte ? Ce P.... d'instituteur ?! Ce servir comme ça, de gamins comme nous étions ?

Ce monsieur ne s'est jamais pardonné, de n'être, à l'époque qu'un jeune enfant manipulé par un adulte. Enseignant de surcroit.

 

Nous recevons, pour ce spectacle, de nombreux allemands, l'émotion est aussi très forte pour eux.

 

Comme le fit Jean Ferrat avec sa chanson, et ce malgré la censure et la construction de l'Europe, je continuerai à "twister" les mots pour qu'un jour les enfants sachent qui vous étiez.... 

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