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4 août 2004 : Jean Ferrat à La Ferme Théâtre

Une date à jamais gravée dans nos mémoires.

Quelques jours plus tôt, à l'occasion du lancement de festival "Chanson de Parole" à Barjac, (Jean Ferrat en était le parrain), j'avais rencontré Colette Ferrat, (son épouse) Francesca Solleville (amie et interprète de Jean) et Jacques Boyer (Ami, artiste et ancien régisseur de Jean). Ferrat était, bien-sur, présent, mais comme d'habitude, très entouré.

Nous venions d'ouvrir La ferme Théâtre, (à Lablachère en sud Ardèche) et envisagions de jouer régulièrement l'évocation de la vie de Jean que j'avais créé en 2001 au village de vacances de Vogüé. (Nous y reviendrons, dans un prochain billet).
 
La toute première affiche en  2004
 
Si Jean (mais aussi Gérard Meys, son producteur et ami) était au courant de ce spectacle, réservé alors aux vacanciers, il ne connaissait pas encore, l'évolution de mes ambitions.
Je signalais donc à ses proches que je venais, avec Cécile mon épouse, d 'ouvrir un petit lieu de spectacle à Lablachère, où je comptais, notamment, présenter cette évocation. Et qu'il serait, pour nous, important que Jean vienne y assister, dès que possible. Pour le plaisir de le recevoir, de jouer devant lui, mais aussi, bien évidemment pour qu'il nous dise si notre travail correspondait à son parcours et si oui ou non, il acceptait que nous évoquions, ainsi, son oeuvre et sa vie.

2 jours plus tard, alors que je livrai le programme de La Ferme Théâtre, dans des offices de tourisme de la région, Cécile recevait un appel :
"Bonjour, je vous appelle d'Antraigues. Je suis Jacques Boyer, un ami de Jean Ferrat. Est-ce que vous jouez le spectacle sur Jean, mercredi soir ? Il aimerait y assister."
C'était le cas. Rendez vous est prit. 

A mon retour, je sentais Cécile ..."nerveuse". Elle, plutôt si calme habituellement, ne tenait pas trop en place. Il était évident qu'elle voulait me dire quelque chose, mais ne savait pas  par où commencer... Finalement, elle se lança. 
-Tu ne veux pas t’asseoir ?
-?
-Je ne sais pas si je fais bien de te le dire...mais quand même, je pense que c'est mieux ..... j'ai reçu un appel d'Antraigues....
-?
-Jean Ferrat vient voir le spectacle mercredi soir. 
-waow !

Après l’effet de surprise : L'émotion..... puis l'inquiétude...

Un "tournant" dans notre vie, espéré et redouté à la fois, s’annonçait :
Allons nous pouvoir jouer ?

Les 48 heures suivantes furent mêlées de joies et de craintes. Jean allait-il aimer ? 
Accepter ?

Le 4 août à 20h55 les spectateurs, qui ne savaient pas, pour la quasi totalité, que Jean serait parmi eux, étaient tous dans la salle. 4 places étaient "réservées" au 1er rang.

Très anxieux, appuyés contre la porte, nous attendions l'arrivée de Jean et Colette et leurs amis Jacques Boyer et Solange. Nous le savions ils avaient dîné à l'auberge de Chalencon chez Dany et Roger Teissandier (Auberge fermée aujourd'hui).

On entend le ronronnement d'une voiture. Elle ralentit. Marque un temps d'arrêt. On aperçoit les clignotants. 
Les battements de nos cœurs s’accélèrent. Avons nous bien fait "d'oser" faire cela ?
La voiture traverse la chaussée et monte le petit chemin.
Impossible de reculer.... Mais quand même ! Qui sommes nous pour faire cela ?
La voiture s'immobilise sur une place de parking que nous avions réservé.

Dans ma tête des questions et souvenirs se succèdent :
"Cécile, qui n'est pas du métier,  saurat elle se maîtriser et lancer les bandes et diapos au bon moment ?
Et moi ? Malgré toutes ces années d'animation, en radio, puis en village de vacances ? Malgré mes"expériences" dans  la comédie : enfant à la kermesse du village, puis au collège et au lycée, vais-je pouvoir rester concentré, m’imprégner du personnage ? 
Bien sur, durant 2 ans j'ai joué ce même rôle, mais uniquement pour des vacanciers ! Ce soir   je dois le jouer devant le premier concerné. Celui à qui je voulais rendre hommage, de son vivant, celui que j'ai découvert à l'école primaire, celui dont j'ai acheté la k7 et qui faisait "le bilan"au temps du lycée,  celui que j'écoutai chanter "Le châtaignier" et "La porte à droite" à 20 ans, dans ma Simca 1100 avant de rentrer en discothèque, celui que j'ai croisé maintes fois, dans les rues d'Aubenas ou d'Antraigues, à la halle des sports les soirs de basket  et même chez Leclerc, celui avec qui j'ai pu échanger quelques mots timides et naïfs parfois : il est là ! Dans la maison qui a vu naître mon père... 
Celle ou je vis à présent avec Cécile et nos deux garçons, Adrien et Jordan.
Ce spectacle je l'ai imaginé en 2001, avec l'aide précieuse de Joël Bioux afin de rétablir quelques vérités sur l'auteur de "La montagne", de "Ma France" et de "Nuit et brouillard" entre autres... Ce Grand, ce Monument de la chanson arrive chez moi et je vais lui raconter sa vie.... Mais saurai je le faire ? "

Les portières s'ouvrent. 

Impossible de reculer....

On se dirige vers la voiture, tout intimidés. (Oui même à  près de 40 ans ont peut être intimidé).

Et là, j'ai une idée : "Ce n'est que par le rire" que j'arriverai à me détendre.... Je me suis alors souvenu d'un "moment de vie" commun avec Jean. Je vous le raconterai, dans un prochain billet. 
Nous avons rigolé ensemble. Quelques minutes franches et sincères. 
De la "complicité" ? Lui aussi, peut être "redoutait il cette soirée ?

J'ai alors proposé à nos invités de suivre Cécile jusqu'à leur place. Le temps pour moi "d'aller me faire pousser la moustache". Ce qui a encore, bien fait rire Jean.

 
 
Ils se sont donc installés, au 1er rang comme prévu. Puis, à la demande de Jean, Colette est venue demander à Cécile si le fait qu'ils soient juste devant la scène, ne risquait pas de me gêner.

Un spectateurs médusé est venu demander à Cécile : "C'est le vrai ?". Un autre "Il vient à chaque fois ?"

C'est Adrien, notre fils aîné, 9 ans à l'époque, qui a présenté la soirée et remercié le public de sa présence. Un peu plus tard il offrit à Jean, un dessin d'Oural.

 
Sans doute rassuré par les premiers mots échangé, par la simplicité de Jean et des ses proches j'ai joué, ce soir là comme d'habitude. Si ce n'est que, je m'adressai le plus souvent à lui, comme face à un miroir.  Pour certaines scènes le voyant ému, et ne voulant pas le gêner ni me mettre en danger,  je portai mon regard sur d'autres personnes ou sur les pierres rejointoyées des anciennes écuries.

Le spectacle c'est superbement bien déroulé et à la fin de celui-ci, après les applaudissements, que nous avons partagés, Jean a très vite engagé la conversation avec moi. Puis avec le public et signé quelques autographes.
 

A un moment il est sorti de la salle pour aller signer le livre d'or et discuter avec le public.
 
 
 
Après quelques minutes, il est venu me retrouver dans la salle. Nous avons encore échangé sur le spectacle, puis j'ai proposé de prendre un verre. 
 
Au moment de sortir, alors que nous étions côte à côte, Jean m'a prit par l'épaule et m'a "guidé" pour que nous soyons, tous les deux faces à la scène. La, il me dit : " La chanson Les cerisiers ...c'est vrai que c'est une belle chanson. Je l'avais oublié."
 
Il faut savoir, que l'auteur du texte de cette chanson est le poète jurassien Guy Thomas. Elle est extraite de l'album, sorti en 85 "Je ne suis qu'un cri". 
Jean avait donc moins de 55 ans quand il avait enregistré :
 
 "J'ai souvent pensé c'est loin la vieillesse, 
mais tout doucement, la vieillesse vient
petite à petit par délicatesse
pour ne pas froisser le vieux musicien..."
 
En 2004, il avait environ, 20 ans de plus....
 
 
Nous avons, encore longuement échangé. J'ai demandé à Jean de me corriger si il avait noté quelques erreurs durant cette rétrospective. Après avoir hésité, il me dit,avec ce beau sourire qui le caractérisait :
"Ha oui : j'ai fais pas mal de théâtre à Versailles, dont du Molière, mais je ne me souviens pas d'avoir joué " Les fourberies de Scapin" mais ce n'est pas grave!"
Puis il ajouta : "Tu dis : Que quand je suis arrivé à Antraigues, Jean Saussac était maire. Non, il ne l'était pas encore". Et enfin  : " Tu prononces Gérard MEY : il faut prononcer le S : C'est Gérard Meys".
 
A l'époque je dessinai la moustache et me blanchissai les cheveux.
 
 
Colette elle aussi intervint : "Et puis ce n'est pas Gaby Beaume qui t'a présenté à Jean Saussac : c'est Gaby Monet ! ". En effet, ce jour là, j'avais fais un lapsus et cité un "Gaby" à la place d'un autre. 
 
Il me confia, ne pas répondre, "ou alors très rarement" aux invitations d'artistes interprètes de ses chansons, car, "parfois on ne sais pas trop que dire....mais là ! Jouer ma vie on ne me l'avait jamais fait ! Du coup je suis venu....et je ne suis pas déçu! ".
 
Après quelques photos, le verre de l'amitié et une visite de la partie boutique, où Jean  a reconnu quelques producteurs locaux, nos invités nous ont quittés.
 
Une soirée que Jean a qualifié sur notre livre d'or de "mémorable" et pleine d'émotion. Pour nous aussi, cela va sans dire.
 
Quelques semaines plus tard, à l'occasion du vernissage de l'exposition "Jean des encres Jean des sources" à la Courneuve, se tenait un repas, où des artistes chantaient Jean en sa présence. 
A la fin, le public scanda : "Jean une chanson, Jean une chanson".
Alors qu'il n'avait pas chanté en public depuis des années, à la surprise générale, selon le journal l"Humanité , Jean "bondit" sur scène, prit un micro et dit à la foule : "Vous me demandez une chanson...Quand j'étais môme, à la fin des repas de famille, et nous sommes en famille, on demandait à ma mère d'en chanter une. Et, moi, j'avais peur que sa belle voix de soprano ne casse.... Vous m'en demandez une...alors je vais vous en faire une ..." A capela il chanta "les cerisiers" cette chanson qu'il m'avait dit avoir "oublié quelques semaines plus tôt.
 
Tant que je pourrai traîner mes galoches
Je fredonnerai cette chanson là
Que j'aimais déjà quand j'étais gavroche
Quand je traversai le temps des lilas
 
 
Quelques temps plus tard,  je demandai à Jean l’autorisation d'utiliser sa photo pour notre affiche et lui envoyai 2 exemplaires d'une photo prise le 4 août 2004. 
Il me donna son accord et m'envoya une des deux photos dédicacées.
 
La 2ème affiche
Ah qu'il vienne au moins le temps des cerises

Avant de claquer sur mon tambourin
Avant que j'ai dû boucler mes valises
Et qu'on m'ait poussé dans le dernier train.
 
 
 

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